8) Récapitulation
- Ce dont on est sûr :
- c’est un calendrier luni-solaire de 5 ans, comportant des années de 12 mois lunaires avec 2 mois intercalaires placés, l’un en début de lustre, et l’autre à la moitié de la 3° année de façon à s’approcher du rythme solaire. D’après Pline, il y aurait un cycle (siècle) de 30 ans.
- les mois ont une durée de 30 j. (MAT) ou 29j. (ANMAT) ; ils sont divisés en 2 parties (la 1° de 15j. et la 2° de 14 ou 15 j.) séparées par la mention ATENOVX. La dernière ligne des mois de 29j. porte la mention DIVERTOMV. Par leur alternance (30-29j.), les mois arrivent à s’accorder aux lunaisons à 1 ou 2 j. près.
- les triples bâtonnets représentent un pointage d’événement sur 3 lustres consécutifs.
- les inscriptions IVOS se situent en fin et début de mois, sur quelques jours.
- la plaque de bronze a été détruite en même temps que la statue du « dieu de Coligny »
-Ce qu’on peut supputer :
- tous les « siècles » de 30 ans, soit 6 lustres, 1 mois intercalaire doit être omis pour que le calendrier reste à peu près en accord avec le rythme annuel solaire.
- la durée des mois EQVOS peut-être de 30j. (EQVOS I) ou de 29j.
- les mois commencent lors d’une phase lunaire, mais laquelle ? Premier Quartier(Pline), Pleine Lune (Monard), Nouvelle Lune (Parisot et Suagher) ?
-la mention TRINOSAMSINDIV (17 SAMON I) correspond à une fête conservée dans la tradition celtique et ayant lieu aux environs du 1° novembre de notre calendrier: cela porterait le début du lustre à l’équinoxe d’automne.
- la mention DIVODIBCANT, en fin du mois CANTLOS I, correspondrait, selon J. Monard, à une éclipse de lune, ce qui impliquerait que les mois commencent à la pleine lune.
- la position des triples bâtonnets au cours des mois montre une fréquence plus grande aux 20-21 des mois lunaires et devrait être en relation avec une phase lunaire, sans qu’on puisse préciser laquelle, mais probablement le premier quartier ; si l’on admet que ces bâtonnets représentent un pointage de cette phase lunaire au cours de 3 lustres successifs avec une dérive de cette phase de 1j. par lustre, cela implique que la plaque de Coligny est construite pour une durée de 1830j. (contre une durée réelle de 1830,9j.) et que les mois EQVOS (autres que celui du 1° lustre) ont une durée de 29j. Cette plaque a dû servir un certain nombre de lustres au cours desquels ont été reportées diverses observations
-Ce qu’on ignore :
- quand le calendrier a-t-il été gravé ? La datation de l’éclipse par J. Monard concerne la gravure de l’inscription DIVODIBCANT, sans doute postérieure de peu à la gravure de la plaque.
- les lustres sont-ils numérotés au cours d’un « siècle » et ces siècles sont-ils eux-mêmes référencés par rapport à un événement fondateur, mythique ou réel? La lacune en début de plaque nous empêche de savoir quand la plaque a été gravée (en supposant qu’une référence y ait été inscrite).
- quelle était l’aire d’utilisation de ce calendrier ? Etait-il limité aux Ambarres (cf le lac d’Antre), aux Séquanes, à d’autres peuplades gauloises, voire aux Celtes en général ? Y avait-il des variantes, comme en ont connu les calendriers grecs ?
-comment et quand ce calendrier a-t-il été détruit en même temps d’ailleurs que la statue ? Est-ce à la même époque que pour celui du lac d’Antre ?
- comment étaient faits les inévitables réajustements avec les cours lunaire et solaire ? Il est probable que les mois EQVOS devaient servir de régulateurs pour le cours lunaire ainsi que les mois intercalaires pour le cours solaire : ce serait logique, mais on n’en n’est pas sur. Après tout, Grégoire XIII n’a pas fait autre chose en supprimant une dizaine de jours en 1582 et, de nos jours, nous faisons de même en ajoutant parfois une seconde au temps UTC pour rattraper le temps TAI !
Conclusion
Cette étude a permis de donner une explication à l’existence des triplets de bâtonnets gravés sur la plaque de Coligny : ils sont généralement groupés par 3 triplets sur 3 jours consécutifs et leur distribution a mis en évidence une corrélation avec une phase lunaire, pointée sur 3 lustres consécutifs et, surtout, une dérive de cette phase d’un nycthémère par lustre. Cela conduit à un résultat important : la plaque est gravée pour un lustre de 1830 jours, c'est-à-dire 1 jour de moins que la durée astronomique réelle de 62 lunaisons ; pour conserver l’utilisation de cette plaque en accord avec le cycle lunaire, les Gaulois devaient donc procéder à des réajustements de façon plus ou moins régulière (ajout d’un jour par lustre) .
Bibliographie
(1 ) Héron de Villefosse (1887) : C.R. Acad. Inscr. et Belles Lettres ; vol.41, n°6, pp.703-705
(2 ) G. Dottin (1920) : La langue gauloise
(3 ) P-M Duval (1966) : C.R.Acad. Inscr. et Belles Lettres ;vol.110, n°2, pp.261-274
(4 ) P-Y Lambert (1995) : La langue gauloise ; éd. Errance
(5 ) J-P Parisot et F. Suagher (1996) : Calendrier et chronologie ; chap X ; éd. Masson
(6 ) J-M Lecontel et P. Verdier (1997) : un calendrier celtique : Coligny ; éd. Errance
(7 ) C. Lamoureux-Mangeot (1998) : 3 termes mathématiques dans le calendrier de Coligny
Etudes celtiques Vol.29 pp.263-270.
(8 ) Médiéval-tourisme culturel (1998) : Exposition Dieu de Coligny et Calendrier gaulois
(9 ) J. Monard (1999) : Histoire du calendrier gaulois ; éd. Burillier
(10 ) Les Amis de Coligny (1999) : Descriptif du calendrier gaulois
Et sur Internet :
(11) louisg.net/ calendrier gaulois.
Et bien d’autres sites où vous verrez des photographies partielles de ce calendrier.
Allez voir ce calendrier exposé au Musée gallo-romain de Lyon-Fourvière, (ouvert tous les jours, sauf mardi), sinon sa reproduction à la Mairie de Coligny (ouverte tous les matins, sauf dimanche).
Date de dernière mise à jour : 08/12/2015
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