4) Traduction des principales inscriptions
ATENOVX : dans ce mot qui sépare les 2 quinzaines des mois, on trouve le radical NOUX (NUIT), mais que veut dire ATE ? Pour J. Monard (9), cela signifierait : « à nouveau la nuit », c'est-à-dire la Nouvelle Lune et impliquerait que le mois débute à la Pleine Lune.
DIVERTOMV : on rencontre ce mot, avec de nombreuses variantes, à la dernière ligne des mois de 29 jours. Pour J-P Parisot et F.Suagher (5), il s’agirait d’un jour blanc servant à corriger l’écart entre la lunaison et le calendrier ; pour J. Monard, le radical « vert » indiquerait le changement de mois.
TRINOSAMSINDIV : le manque de place obligeait à abréger les inscriptions et il faudrait lire : trinvxtio samoni sindiv , c'est-à-dire : « les 3 nuits de Samon aujourd’hui » (le 17° jour de SAMON I), ce qui fait penser à la fête celtique des 3 nuits de Samaihn (Ecosse, Irlande et ile de Man) qui célèbre le début de la saison « sombre » et correspondrait au 1° novembre dans le cycle solaire : cela veut dire que le début du lustre devait se situer vers l’équinoxe d’automne.
D.. : cette lettre en grande capitale est la première du lustre, mais comme la suite manque, toutes les suppositions sont possibles ! Il faut souligner qu’il devrait y avoir normalement en tête de ce lustre une indication numérale ou une désignation de la période historique, à moins que ce calendrier n’ait une validité permanente. Mais c’est aussi une lettre isolée très courante sur de nombreuses lignes journalières : J. Monard (9) remarque qu’elle est plus fréquente en demi-année claire et serait l’abréviation de DIVON : elle signifierait « lumineux, étoilé » .
DIVODIBCANT : en fin du mois CANTLOS I, cette inscription a été traduite par J. Monard comme « lumineuse entaille du bord de cercle », c'est-à-dire une éclipse de lune, ce qui n’est compatible qu’avec un mois commençant à la Pleine Lune. Moyennant une hypothèse sur la période de création de la Table de Coligny, à partir de considérations épigraphiques, (J. Whatmough : « very fine late republican or early imperial »), il a pu dater cette éclipse au 18 octobre -34 (35 avant J-C) et donc la gravure de cette inscription particulière du calendrier. La Pleine Lune s’étant produite vers 7h. locales, le druide a donc pu voir la 2° partie de l’éclipse.
CARIEDIT OXTANTIA POSDEDORTONIN QUIMON: cette expression placée à la fin du 1° mois intercalaire a été traduite par J. Monard (9): « il a manqué une huitaine après computation du lustre », ce qui signifie qu’il y a un écart de 8 jours entre les cours du soleil et de la lune à ce moment, mais sans pouvoir dire dans quel sens. (QUIMON = lustre).
IVOS : ce mot apparaît exclusivement dans les derniers jours du mois et les premiers du mois suivant; P-Y Lambert (4) pense qu’il est lié à la phase lunaire en fin de mois ; J-P Parisot et F. Suagher y voient une corrélation avec les éclipses solaires, ce qui impliquerait, mais ils ne le précisent pas, que le mois commence avec la Nouvelle Lune ; quant à J. Monard, il lui donne le sens de « bon, lumineux » et pense qu’il y a un lien avec la lunaison et avec des notations à caractère météorologique. Pour ma part, j’ai tracé le diagramme de fréquence pour les 90 occurrences d’IVOS en fonction des jours du mois : la fig. 3e montre bien la distribution de ce mot entre le 27 du mois et le 4 du mois suivant.
Si la fréquence pour le 30° j. du mois est plus faible, c’est parce que ce jour n’est représenté qu’un mois sur deux en moyenne. Mais on n’explique pas pourquoi ces annotations sont irrégulièrement réparties au long de l’année (de Samon à Anagant d’une part et de Simivis à Cantlos d’autre part) ni pourquoi il y a des concentrations de 8 à 10 IVOS (sur un total de 88) sur certaines extrémités de mois et rien sur la plupart des autres.
N inis R : pour J. Monard, inis serait le contraire d’ivos et l’expression signifierait : « immersion de la Lune dans les nuages » ; J-M Lecontel et P. Verdier (6) traduiraient par « l’Ile du Roi ».
MD, NSDS : toujours pour J. Monard, ce seraient des abréviations à caractère météorologique où MD signifierait : bien lumineux ou bien étoilé et NSDS ou DSNS : variable (mi-nuageux, mi-lumineux) en rappelant que D veut dire lumineux ou étoilé. Le recensement des quelque 800 annotations (502 D, 224 MD, 65 N inis , et 10 NSDS (ou DSNS) pour les 1830 j. du lustre (dont seuls environ la moitié est représentée) montre que les observations étaient quasi journalières et que l’hypothèse de J. Monard sur le caractère météo de ces abréviations est très plausible.
Prinnis lag (loud) : J. Monard attribue à cette expression le sens astronomique de coucher (lever) de la constellation de l’arbre ; pour P-Y Lambert, il s’agirait de « déposer (lancer) les dés ».
COBREXTIO : traduit par J. Monard dans le sens de : brume légère.
BRIGIOMU et OCIOMU : C. Lamoureux-Mangeot (7) voit dans ces notations (associées au mois RIVRO, des marques de calage et de synchronisation entre année lunaire et marche solaire zodiacale.
Il y a encore une autre catégorie de mots inscrits tout au long du calendrier : ce sont, pour certains jours d’un mois donné, l’inscription du nom des 2 mois qui l’encadrent, ou encore, pour le 2° mois intercalaire, la succession des noms des mois du calendrier. Personne n’a donné jusqu’ici d’explication satisfaisante de cette particularité.
Date de dernière mise à jour : 03/12/2015