6) Discussion du résultat

-Remarques préalables :

A cette époque, la numération décimale n’était pas connue et les Gaulois comptaient en nombres entiers auxquels s’ajoutaient des fractions : c’est pourquoi je n’emploierai des nombres décimaux que lorsque je me référerai à des durées astronomiques modernes.

Nous rappellerons aussi que, du fait de la loi des aires de Kepler, la vitesse apparente d’un satellite sur une orbite elliptique est plus grande près du périgée que près de l’apogée : ceci entraine que les intervalles de temps entre phases lunaires sont inégaux ; ce phénomène s’explique par le déplacement du périgée (révolution anomalistique) et par l’ « évection » (produite par la variation de l’ellipticité de l’orbite lunaire sous l’effet de l’attraction du soleil.)

 

-Précision de la date de la phase lunaire :

Au vu de la succession de ces blocs de 3x3 triplets, il apparaît que la précision de détermination de la phase lunaire considérée est au mieux de 1 nycthémère ; cette remarque est importante car, pour des observateurs purement visuels, comme l’étaient les Gaulois de cette époque, le premier ou le dernier quartier de lune pouvait être daté à 1 jour près, alors que la nouvelle ou la pleine lune ne l’ est au mieux qu’à 2 ou 3 jours près (voir fig.5).

En effet, aux premiers et derniers quartiers, par définition, le terminateur lunaire paraît rectiligne, alors qu’un jour plus tôt, ou plus tard, il apparaitra comme une demi-ellipse d’aplatissement 21%, ce qui est nettement perceptible (voir figure n°5), tandis qu’à la pleine lune, le diamètre lunaire à l’équateur ne paraitra diminué que de 0,12%. A la Nouvelle Lune, le croissant aura une épaisseur infime un jour après la conjonction, et représentera 5% du diamètre après 2 jours et 10% le 3° jour : autrement dit, la variation apparente pour les premier et dernier quartiers sur 1 jour est à peu près la même que celle des nouvelle et pleine lunes sur 3 jours. En outre, la proximité de la Lune et du Soleil dans le ciel y rend encore plus difficile l’observation du fin croissant de lune : il suffit de voir comment se décident les début et fin du Ramadan chez les musulmans qui poursuivent la tradition d’observation visuelle du croissant plutôt que de se fier à une décision astronomique.

D’autre part, à cause de l’ellipticité de l’orbite lunaire, des déplacements du périgée et du phénomène d’évection, l’intervalle de temps entre 2 phases consécutives de la lune n’est pas de 29,5/4 soit 7j. 9h. mais varie d’environ 6j. 15h. à 8j. 5h. (voir Annexe 3) Ceci ajoute encore une incertitude supplémentaire, mais peut expliquer pourquoi les pics secondaires de fréquence observés sur les figures 3 et 4 sont distants de 6, 7 ou 8j. du pic principal des 20°-21° jour.

II semble donc que, pour pouvoir faire des observations à 1 jour près autour des 21 du mois, les Gaulois aient préféré opérer au premier ou au dernier quartier de lune, c'est-à-dire que le mois devait commencer soit à la Pleine Lune (comme le pense J. Monard ), soit à la Nouvelle Lune (comme l’implique la conclusion de l’étude de J-P Parisot et F ; Suagher[5]

 

-Essai de détermination de la durée des mois EQVOS :

Il est alors possible d’établir une liste chronologique d’un lustre de 1830 j.( calée avec 4 mois EQVOS de 29 j.) ce qui est plus facile pour calculer des intervalles de temps. L’annexe 1 nous montre la séquence principale des triplets i i I : la comparaison avec les dates astronomiques vraies fait apparaître un bon accord : sur les 31 dates affichées, le décalage entre la date gauloise et la date astronomique est nul pour 15 dates, 1 jour pour 10 dates, 2 jours pour 5 dates et 3 jours pour 1 date. Il est normal qu’il y ait un écart d’un jour à la fin du lustre puisque j’ai construit cette liste sur une durée de 1830 j. Les lacunes dans cette séquence sont dues aux vides dans le puzzle de la plaque.

On peut alors espérer pouvoir déterminer la durée des mois EQVOS dont on ne connaissait pas la longueur : la durée du lustre de 1830 j. comprend :

             Les 2 mois intercalaires : 29 j. + 30 j. =                                            59 j.

             EQVOS I                                               =                                            30 j.

             6 mois de 30 j. x 5 ans                        =                                           900 j.

             5 mois de 29 j x 5 ans                         =                                           725 j.

             4 mois EQVOS de durée totale: 1830 j.-(59+30++900+725)= 116 j.

 

Ecliptique

 

 

Ecliptique

EcliptiqueEcliptique (110.98 Ko)

 

Donc les 4 mois EQVOS devraient avoir chacun 29 j. ce qui serait compatible avec la qualification ANMAT de ce mois.

 

Nous allons essayer de vérifier ce résultat en raisonnant sur les mêmes phases de lunaisons marquées par le triplet i i l :

- EQVOS II est encadré par le 21 SIMIVIS II (612° jour du lustre) et par 21 EDRINI II (700° j.), soit un intervalle de 88j. : comme SIMIVIS a 30 j., et ELEMBI 29 j., il résulte que EQVOS II a 29 j.

- EQVOS III est encadré par 21 GIAMON III (967° j. du lustre) et par 21 EDRINI III (1084° j.), soit un intervalle de 117 j. ; comme GIAMON a 29j., SIMIVIS 30 j. et ELEMBI 29 j., on déduit que le mois EQVOS III a 29 j. On aurait pu penser que ce mois avait 30 j. à cause de l’indication du 2° mois intercalaire qui donnait 385 j. pour la durée de la 3° année (embolismique) du lustre.

- EQVOS IV est encadré par le 23 OGRON IV (1263° jour du lustre) et 21 EDRINI IV (1438° j.), soit un intervalle de 175 j.: sachant que OGRON a 30 j., CUTIOS 30 j., GIAMONI 29 j., SIMIVIS 30 j., ELEMBI 29 j., EQVOS IV aurait 175-146=29 j. Cette interpolation sur un intervalle aussi long de 6 mois est toutefois un peu audacieuse.

- EQVOS V est encadré par 22 EQVOS V et 23 ELEMBI V soit un intervalle de 30 j.

 

Compte tenu de l’imprécision de détermination des phases lunaires (1 à 2 j.), on voit qu’il est difficile de trancher entre des durées de mois de 29 et 30j. pour la durée des mois EQVOS.

 

Pourquoi y a-t-il des triplets i i i ?

Nous avons vu que cette disposition représentait 15 cas sur les 172 triplets recensés par J. Monard : c’est trop pour incriminer des erreurs de gravure. Je proposerais plutôt l’hypothèse suivante : pour l’un des bâtonnets, la phase lunaire considérée (premier ou dernier quartier) a dû se produire alors que la lune était sous l’horizon et le druide observateur n’a pas pu se décider à inscrire le signe : par exemple, la veille, la lune n’était pas encore tout à fait au Premier Quartier et, 1 nycthémère après, la lune était déjà légèrement gibbeuse .
 

Pourquoi y a t-il des triplets incomplets ?

 Il y a eu certainement des jours ou des nuits où l'observation de la lune n'était pas possible, à cause d'une couverture nuageuse, et le druide s'est alors abstenu de graver un batonnet.

Pourquoi un calendrier gravé sur bronze ?

A l’époque gauloise ou gallo-romaine, le bronze (environ 90% Cu + 10% Sn) était une matière recherchée et relativement chère car, pour cette région, ses composants venaient de loin :

- les plus proches gisements de cuivre se trouvaient à Chessy et St Bel (Rhône) ; sinon le cuivre pouvait venir de petites mines des Alpes ( St Véran, Dôme de Barrot ), des Vosges (Ste Marie, Château-Lambert), de l’Hérault (Cabrières) , d’Etrurie, voire d’Espagne ou de Chypre.

- l’étain pouvait être récupéré sous forme de cassitérite (oxyde d’étain) dans des fonds de batée lors des recherches pour or dans les alluvions des vallées de Bretagne, du Massif central ou des Alpes  (les Gaulois étaient des spécialistes en matière d’orpaillage).

Il fallait donc que la structure du calendrier soit déjà bien fixée pour que la caste savante et religieuse des druides décide de le graver sur une plaque de bronze. Si des « brouillons » avaient été réalisés, ils devaient l’avoir été sur des supports moins onéreux, mais qui ne nous sont pas parvenus :

-bois (gravé ou recouvert de cire), peaux (parchemin) = périssables

-calcaire à grain fin = assemblage de plaquettes (1 par mois)

La cherté du bronze devait empêcher la gravure d’un calendrier par lustre : le décryptage des triplets de bâtonnets montre qu’un calendrier durait au moins 1 siècle trentenaire. D’autre part, on

peut raisonnablement supposer que l’aire d’influence de ce système calendaire avait une certaine extension : le morceau de calendrier trouvé en 1802 au lac d’Antre (32 km à l’est de Coligny) prouve qu’il y en avait au moins un autre exemplaire (voir annexe 2 )

Il est probable que ces calendriers aient été placés dans des sanctuaires tenus par les druides, mais peut-être pas dans tous; pour le Gaulois moyen, le véritable calendrier usuel était dans le ciel : c’était la lune avec ses phases. Il n’avait pas besoin de courir chez le plus proche druide pour connaître la date : il lui suffisait de connaître la liste des noms des mois et de voir l’état de la lune pour se situer dans le temps ; les druides devaient seulement faire connaître les exceptions : suppression d’un mois intercalaire (tous les 30 ans), ajout ou suppression d’un jour par ci par là, date de certaines fêtes, recalage du calendrier sur l’année solaire à l’occasion d’un solstice.

 

Date de dernière mise à jour : 03/01/2017

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